Charognes, rats crevés, corbeaux, criquets ou porcs qu’on égorge, c’est la grande valse macabre qui accompagne Lady Macbeth et son époux dans leur désespérante tentative ascensionnelle vers le pouvoir. Ascension seulement par le nom, puisque leur course métabolise davantage la chute qui balise nos pulsions les plus torves qu’autre chose. Oeuvre sur le pouvoir et ses démons certes, mais pour moi, œuvre sur le monde renversé, l’espace derrière le miroir et la folie qui menace celles et ceux qui s’abandonnent un peu trop loin dans les anciens Mystères. Le trajet mystique et désastreux des Macbeth résonne avec la course Virgilienne écrite par Dante trois siècles plus tôt “Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai dans une forêt obscure, car la voie droite était perdue”.
Cette histoire est cataclysmique, orgiaque dans la meurtre et le sang, à tel point qu’elle en devient jubilatoire et presque grotesque.
Macbeth est avant tout le récit d’un échec, d’un réel qu’on voudrait contraindre mais qui se dérobe toujours furieusement à nous. La désillusion est violente, la tragédie la voici : le monde n’est pas notre. Sur un trône ou dans la fange, gardez toujours l'œil sur les ivresses et les volontés de Pouvoir, les Sorcières ne sont jamais loin.
/ Note d'intention :
Macbeth est une histoire de possession, et de métamorphoses, de plongée dans le mal et la violence. C’est une création qui est un miroir de mon travail sur Oedipus qui était l’histoire d’une personne s’entetant à enquêter le réel pour comprendre qui il est. Plus il raisonne, plus il se penche vers son propre abîme. Ici, nous sommes face à l’histoire inverse : deux personnages qui rêvent à deux une histoire qui n’existe pas, et qui tout aussi désespérément, essaient de faire correspondre leurs fantasmes destructeurs au réel. Ce couple de pouvoir ravageur, ne peut que résonner dans notre monde actuel, dévoré par les ambitions de quelques puissants, qui tentent de tordre le monde à leur image pourries.
Macbeth est la pièce de Shakespeare la plus dense, la plus courte et la plus fantastique ; elle permet un terrain d’exploration à une théâtralité intense et physique. De la même façon que je conçois Épuiser les Soleils comme un coup au ventre, La pièce écossaise serait pensée pour être une déflagration, une expérience électrique théâtrale.
La pièce est violente, interroge le coup d'État, le désir et l’ivresse du pouvoir. Régulièrement aujourd’hui, dans notre milieu théâtral, la question est posée : pourquoi représenter la violence ? Et implicitement, derrière cette question j’entends souvent : il vaudrait mieux ne pas représenter la violence.
Le monde contemporain est excessivement violent envers les personnes minorisé·es et souvent fragilisé·es ; chaque jour, ce constat s’aggrave. On peut choisir une théâtralité, où cette violence n’existe pas et n’a pas sa place. Ou bien on peut décider de travailler la violence au plateau, comme un exutoire, un espace de décharge, une mise en tension qui devient une mise en puissance des dominations subies au quotidien. C’est plutôt la démarche vers laquelle je tends avec ce cycle compassionnel et la mise en scène de la Pièce écossaise. Je viens d’un cinéma d’action, vengeur et explosif, et ce cinéma ne vient jamais chez moi exciter les passions basses, mais me permet davantage de les transformer en élan vital. Qui dit que derrière Lady Macbeth, il ne pourrait pas se cacher une Beatrix Kiddo, avide de vengeance face à tant de violences subies. D'où vient la violence du couple Macbeth ? Que font-ils de cette violence ?
La Pièce Écossaise est un spectacle pour grand plateau, ambitieux, au service rigoureux de la langue de Shakespeare. Une grande distribution pour honorer toute cette énergie, avec pour objectif que le corps des acteur.ices soit le centre de notre propos. La pièce sera intense, charnelle et avec le désir d’être profondément accessible à toutes et à tous.
Héloïse Ravet is a stage director based in Brussels. After studying philosophy at Lyon 3 Université Jean Moulin, she entered the INSAS directing department in 2016. She graduated in September 2020 with Grande Distinction. In September 2020, following the presentation of her end-of-studies project Outrage pour bonne fortune, Théâtre de la Balsamine offered her a revival of the short form in June 2021. In February 2022, she presented, as part of the XS du Théâtre des Tanneurs, a first stage of work around the figure of Elvis Presley entitled Larrons en Baskets Bleues. She created her company, Saintes Patronnes, in June 2023. In autumn 2022, she staged her first full-length production, Outrage pour Bonne Fortune, at Théâtre Varia. It was revived in April 2023 at Théâtre de Liège as part of the Festival Emulation. For the 2023–2024 season, she created Oedipüs, by Maja Zade, in the main auditorium of Théâtre de Liège, a contemporary and feminist rewriting of the myth of Oedipus. Oedipüs will tour in autumn 2026 at Théâtre Varia, at Le Manège de Mons, and at Théâtre Vilar. She created, in winter 2025, the production Larrons en Baskets Bleues, which was performed at Théâtre de Liège and at the CDN of Thionville in its version dedicated to non-dedicated venues. In spring 2026, Les Larrons en Baskets Bleues will be performed in its stage version at Studio Varia and at Kinneksbond, in Luxembourg. At the beginning of the 2025 season, she began her research work on Épuiser les Soleils and presented a stage of work at the festival XS du Théâtre les Tanneurs 2025. Alongside her work as a stage director, Héloïse Ravet develops dramaturgical support for various companies, including street theatre companies such as Les vrais Majors for their production Elephant in spring 2024, or La Pigeonnière for the production Apparitions in spring 2026, but also for artists such as Aloula Wattel for the production Gènes at the beginning of the 2026 season. In addition, Héloïse Ravet directs the graduation project of the Masters Atelier of the Royal Conservatory of Mons, and stages Richard III under the tent of Les Nouveaux Disparus in Schaerbeek (June 2025). In spring 2025, Léa Quinsac commissioned her to write her project La Glorieuse Procession des Fausses et Tristes Nonnes, which will be performed at the beginning of the 2026 season at Théâtre Varia. Finally, she co-created with Zoé Lejeune and Lennert Vandenbroeck Le Festival de Salza in 2023, where each summer she stages a classic from the repertoire outdoors (Roméo et Juliette 2023, Ivanov 2024, La Double Inconstance 2025, Les Fables de La Fontaine 2026). The project aims to highlight the link between culture and agriculture and always offers a performance followed by a banquet. Since January 2021, she has been supported and accompanied in her projects by the performing arts development office BLOOM Project.
Distribution (en cours) Guillaume Gendreau, Gwendoline Gauthier, Michele de Luca, Léa Quinsac, Ibrahima Diokine Sambou, Adrien Drumel
Production Saintes Patronnes et Bloom Project
Production délégué Théâtre Varia
Co-production (en cours) Vilar, Théâtre de Liège
Crédit visuel Eric Poitevin

